Economie Politique: page personnelle de Philippe Légé                  

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Publié dans L'Humanité, 12 avril 2012

LE PROGRAMME DU FRONT DE GAUCHE EST CREDIBLE CONTRE LA FINANCE

1er tour de l'élection présidentielle, J-9. Huit économistes expliquent dans nos colonnes certaines des raisons de leur soutien au programme du Front de gauche et à son candidat. Ils montrent qu’il n’est de réalisme que si l’on combat la loi de l’argent pour l’argent.


"Partager les richesses"

Par Philippe Légé


Les politiques qui ont échoué doivent être aggravées : telle est la devise des dirigeants européens qui ont adopté le MES et le nouveau pacte budgétaire. La Commission imposerait l'austérité et une majorité qualifiée des pays serait nécessaire pour s'y opposer. Les conséquences sont prévisibles. Il suffit d'observer la catastrophe en cours. En Grèce, où l'économie se contracte pour la cinquième année, le taux de chômage a bondit de 14,2% à 20,7% en un an. En Espagne, la récession revient et le taux de chômage atteindra 25% en fin d'année. Sur le marché des dettes souveraines, où le répit a été de courte durée, les taux d'intérêt ont recommencé à augmenter. En 2012, la croissance de la zone euro sera négative.

La France n'est pas à l'abri, car la dynamique d'ensemble ressemble à une spirale. L'INSEE anticipe d'ailleurs au premier semestre 2012 le plus fort recul du pouvoir d'achat depuis la fin 2008. Et si Nicolas Sarkozy ose se vanter de la « baisse tendancielle de l'augmentation du chômage », cela signifie simplement que l'économie française continue de détruire plus d'emplois qu'elle n'en créée. Il faut y mettre un terme, mais comment ?

En visant le retour à l'équilibre budgétaire en 2017, François Hollande se distingue de Nicolas Sarkozy quant au calendrier mais pas quant à l'objectif : rassurer les marchés. C'est feindre d'oublier l'effet récessif des plans d'austérité et c'est surtout poursuivre la logique mortifère actuelle. Il faut au contraire changer les règles du jeu.

Le programme du Front de Gauche a le grand mérite de commencer par expliquer comment « partager les richesses » et « reprendre le pouvoir aux banques et aux marchés financiers ». Ce sont des conditions indispensables. Si on ne touche pas à la répartition des richesse et aux institutions néo-libérales, la seule sortie de crise envisageable est la régression généralisée.

A l'heure de la crise du capitalisme néo-libéral, aucun programme de gauche n'est crédible s'il ne prévoit pas de briser la finance. Celui du Front de Gauche intègre la nécessité de mettre fin au chantage des spéculateurs sur la gestion des entreprises et des Etats. Il comprend aussi des propositions permettant de revenir sur la baisse de la part salariale dans la valeur ajoutée. La hausse du Smic à 1700 euros se répercutera intégralement jusque 1,1 Smic et produira des augmentations importantes jusque 1,5 Smic. Avec cet effet d'entraînement, 50% des salariés en bénéficieront. Les autres travailleurs gagneront de nouveaux droits sociaux, de meilleurs services publics et des emplois par la généralisation des 35h sans perte de salaire et sans annualisation.

Le programme du Front de Gauche prend aussi acte de l'incapacité du marché à organiser la transition énergétique. La nationalisation d'EDF, GDF, AREVA et Total dans le cadre d'une planification écologique est porteuse d'espoir. Elle permettrait d'amorcer un début de rupture avec la logique capitaliste, à condition que la population elle-même prenne au sérieux « l’exigence de la maîtrise publique, sociale et démocratique » du secteur.