Economie Politique: page personnelle de Philippe Légé                  

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Publié dans Libération, 20 avril 2012

Nous, économistes, soutenons Jean-Luc Mélenchon


Le programme de Jean-Luc Mélenchon et du Front de Gauche est parfois caricaturé comme un catalogue de mesures sociales irréalistes. Il est plutôt irréaliste de continuer dans la spirale austérité-récession qui plonge l’Europe vers le chaos et le chômage de masse. Ce programme recèle une véritable cohérence et cela sur deux plans. D'une part, il se donne les moyens financiers d'atteindre ses objectifs sociaux contre la domination des marchés. Le SMIC à 1 700 euros brut, la hausse des minima sociaux, la retraite à 60 ans à taux plein, le développement des services publics ne répondent pas uniquement à des urgences sociales. Ces mesures créeront l’impulsion pour sortir de l’austérité budgétaire et salariale. Elles sauveront les PME asphyxiées par la stagnation de la demande intérieure, la domination des grands groupes et la limitation du crédit. Elles permettront de planifier démocratiquement la transition sociale et écologique.

D'autre part, autre originalité de cette politique, elle engagera une véritable bifurcation de l’économie vers un modèle de développement de qualité. Ainsi, la réduction collective du temps de travail accroîtra les marges de manœuvre pour créer des centaines de milliers d’emplois, rompre avec la précarité, réduire les inégalités notamment entre hommes et femmes, et ouvrir une autre conception du bien-être. La bifurcation de l’économie passe par des investissements d’avenir méprisés par les marchés financiers. Le Front de Gauche propose donc de réorienter le crédit bancaire vers les projets porteurs d’un développement écologique de l’emploi, de la formation et de la recherche. Nous nous appuierons sur un pôle financier public qui associera en réseau les institutions financières publiques existantes, celles qui devront être socialisées, et les réseaux mutualistes.

L'un des leviers le plus puissant pour agir dans ce sens sera une redéfinition radicale du statut, des missions et des objectifs de la BCE. Les États sont obligés d’emprunter sur les marchés financiers, ce qui augmente considérablement le coût de la dette. C’est le résultat d’une politique délibérée des gouvernements et des institutions européennes qui se sont volontairement placés sous l’emprise des marchés. Aucune politique progressiste ne sera possible si les marchés continuent à dicter leur loi. C’est pourquoi la BCE et les banques centrales nationales doivent pouvoir, sous contrôle démocratique, financer les déficits publics et racheter massivement les titres publics sur le marché secondaire. Sans attendre la modification des traités qu'il faudra entreprendre, des marges d’action, au niveau national comme au niveau européen, peuvent déjà être mobilisées. Les 1 000  milliards d’euros que la BCE vient de prêter aux banques privées sans contrepartie sont là pour démontrer l’ampleur de ce qu’il est possible de faire si nous reprenons le pouvoir face à la finance. Un Fonds européen de développement solidaire financé en partie par la BCE et par une taxe sur les transactions financières permettra, avec la mobilisation de l’épargne populaire, de financer les dépenses publiques nécessaires à la grande bifurcation de notre modèle économique. Par ailleurs, le Front de Gauche mettra en place un audit citoyen de la dette qui déterminera les conditions de son remboursement.

Cette logique économique nouvelle s’appuiera sur une batterie de mesures fiscales (revenu maximum, progressivité de l’impôt sur le revenu, suppression de niches fiscales…) et réglementaires (taxation des mouvements de capitaux, séparation des banques de dépôt et d’investissement, suppression des stock-options, interdiction des produits spéculatifs). Elle sera fondée sur l’exercice de nouveaux pouvoirs économiques des salariés dans l’entreprise l’un des piliers de la VIème République Sociale que nous proposons (droit de veto suspensif et de contre-propositions aux plans de licenciements).

Cette logique peut s'appuyer sur de grandes forces sociales en Europe pour réorienter les politiques économiques et changer le cours de la mondialisation en nouant des coopérations avec les peuples des pays émergents et en développement. On nous menace d’un déchaînement des marchés financiers au lendemain des élections. Ayant seul pris la mesure de cette menace, le Front de gauche propose une nouvelle cohérence économique, sociale et écologique, appuyée sur des mesures précises pour gouverner face aux banques et reprendre le pouvoir aux marchés financiers, produire autrement, partager les richesses et abolir l’insécurité sociale.

Premiers signataires :

Adam Louis, commissaire aux comptes, Alary Pierre, Amable Bruno, Beniès Nicolas, Berr Eric, Boccara Frédéric, Boccara Paul, Bousseyrol Marc, Cordonnier Laurent, Dimicoli Yves, Durand Denis, Durand Cédric, Etievant Guillaume, Expert auprès des CE, Flacher David, Généreux Jacques, Guibert Bernard, Harribey Jean-Marie, Husson Michel, Issehane Sabina, Khalfa Pierre, membre du Conseil économique, social et environnemental, Légé Philippe, Lang Dany, Magniadas Jean, Membre honoraire du Conseil économique et social, Mills Catherine, Morin Alain, Morin François, Ponsot Jean-François, Rigaudiat Jacques, ancien conseiller social des Premiers ministres Rocard et Jospin, Sobel Richard, Tinel Bruno, Treillet Stéphanie, Van De Velde Franck, Villemot Sébastien.